Les attentats terroristes de ces derniers mois rencontrent évidemment un écho ici aussi. Mais les réactions induites localement par ces événements sont bien différentes de celles dont nous avons connaissance par le biais des médias français, ou plus généralement occidentaux.

J’ai eu l’occasion par deux fois d’être mêlée à une conversation roulant sur le sujet.

La première fois, ce fut lors de l’arrestation de Salah Abdeslam, arrestation qui fut commentée lors de la séance de sport à laquelle je me rendis peu après cette annonce. Il faut se figurer l’ambiance : Dans cette salle, se retrouvent, outre quelques rares occidentales comme moi, essentiellement des africaines de plusieurs nationalités, Afrique Noire, Afrique du Nord, ou Moyen Orient. Toutes arrivent emmaillotées dans leurs voiles de musulmanes pratiquantes, et revêtent leurs tenues de fitness, après avoir bien pris soin de fermer la porte, devant laquelle des hommes pourraient passer. D’ailleurs, la seule fois où un individu de type masculin, venu réparer la sono, a innocemment pénétré dans cette salle, il a provoqué la même réaction qu’un coup de feu : chaque femme a fondu sur son voile et s’en est précipitamment enveloppé comme si sa vie en dépendait, c’était saisissant à voir !

  A chaque fin de cours, après avoir sué comme des biques en plein soleil et fait monter nos rythmes cardiaques à des hauteurs vertigineuses, nous évoquons un quelconque sujet, les embouteillages provoqués par les travaux gigantesques entrepris dans la Black City, les bienfaits pour la peau des masques miel-blanc d’œuf..Ce jour-là, il s’agissait de l’arrestation de Salah Abdeslam :

-« Mais vous avez vu ça ? Ce Salah Abdeslam, là, après tout ce qu’il a fait, il a droit à un avocat ???!!!! Et il peut refuser d’être jugé en France ??? Non mais, c’est quoi ça ??!! »

La coach intervint :

-« Non mais, en Europe, ils ont « leurs droits de l’homme là » », dit-elle, comme si elle évoquait une maladie invalidante.  « Ici, si un fou comme ça veut faire quelque chose, on a même pas le temps d’en entendre parler qu’il est déjà arrêté et mis en prison, ou expulsé. »

Et chacune de témoigner de son incompréhension face à l’indulgence d’une telle procédure pénale, et de sa réticence à se rendre désormais en Europe, du fait du risque terroriste. A aucun moment ne vint sur le tapis ( de fitness) la fameuse crainte de la « stigmatisation » ou des « amalgames » dont elles pourraient être victimes, alors même qu’elles ont toutes l’exacte tête de l’emploi pour les redouter. Non, ce qui préoccupe ces femmes, c’est le risque de mourir dans un attentat lors de leurs vacances en Europe, et la scandaleuse attitude des Etats européens, qui traitent les terroristes comme des nababs, alors qu’ils ne méritent, à leur avis, que l’exécution pure et simple, ou, à tout le moins, de bénéficier des traitements les plus inhumains et dégradants dans la pire des geôles, sort que leur réserverait assurément un pays raisonnable (comme le leur).

Quelques jours plus tard, après les attentats de Bruxelles, nous étions branchés sur LCI, qui exposait les visages et les noms des Belges supposés auteurs des faits. La coiffeuse était avec nous, occupée à couper les cheveux des gosses devant la télé. Alors que nous plaisantions sur les patronymes des terroristes, qui semblaient rien moins que wallons, la coiffeuse s’exclama :

-« Mais forcément, la Belgique, elle est comme la France, elle accorde sa nationalité à n’importe qui ! »

-« Tu veux dire », lui demandai-je de préciser, « que si nous, français qui vivons ici, nous faisons un autre enfant et qu’il naît ici, il n’aura pas la nationalité du pays ? »

-« Evidemment ! Pourquoi l’aurait-il ?? vous êtes français, pas mauritaniens ! Pourquoi votre enfant le serait-il ? ce serait n’importe quoi ! En France, si un étranger arrive et fait un enfant là-bas, il est français !! Après, faut pas s’étonner ! »

Nous en sommes restés comme deux ronds de flan.